• Salomé

Intention & Attention : le cœur de nos réalisations

« Nous sommes ce que nous pensons. Tout ce que nous sommes résulte de nos pensées. Avec nos pensées, nous bâtissons notre monde. » - Bouddha -

L’intention, « sankalpa » en sanskrit, annonce souvent le début d’une pratique en yoga, que ce soit une méditation ou une pratique physique, d’asanas. San, signifie « un lien avec la vérité absolue », et kalpa,

« vœu ». Ainsi, définir un sankalpa, une intention, c’est faire le vœu d’aller vers quelque chose de plus grand. Lorsque je commençais tout juste le yoga, je ne savais que faire de cette intention à formuler en début de séance. Dans ma tête, le vide s’installait, ou bien laissait place à un flot ininterrompu de pensées en tous genres : que souhaitais-je retirer de ce cours ? Une respiration fluide ? Une souplesse accrue ? Un lâcher-prise ? Je me trouvais perdue. Aujourd’hui, l’intention est mon guide spirituel lors de mes pratiques, c’est cette dédicace qui donne tout son sens aux postures.


Photo © Unsplash

LE POUVOIR DE L’INTENTION

L’intention est un vœu que l’on formule afin de développer, créer ou changer quelque chose ou nous-mêmes, envers nous et/ou le monde qui nous entoure. Certaines personnes comparent une intention à une projection d’une idée en énergie : en effet, notre désir est là, latent, attendant cette formule magique pour commencer à se réaliser. Dès lors que nous évoquons notre intention, cette idée se transforme en énergie et devient, ainsi, vivante.


Les Toltèques ont même consacré l’un de leurs 5 accords à la parole, qu’ils voient comme de la magie à la fois blanche et noire, capable de faire réaliser les mots que l’on exprime : « que votre parole soit impeccable » indique de ne jamais utiliser la parole contre nous-mêmes, ni pour médire autrui.


Lorsque l’on pose une intention, d’autant plus, si nous l’exprimons à voix haute, « je veux » se transforme en « je fais ». Pour intégrer le pouvoir de l’intention au quotidien, on peut commencer à l’utiliser dans sa pratique, sur le tapis avec l’aide des mantras, ces mots ou courtes phrases récité.e.s ou chanté.e.s, mentalement ou à voix haute. La syllabe « man » réfère au mental alors que la syllabe « tra » signifie ce qui protège : les mantras sont donc des protections de la pensée, du mental. Ils apaisent, éveillent, stabilisent pour entrer plus en profondeur dans notre Moi.


Photo © Unsplash

Voici trois mantras qui vous aideront certainement à développer votre intention :


SOHAM

« Je suis Lui » (la Conscience Universelle, le Soi, le Divin, le grand tout) ou « Je suis Cela » ou encore « Je suis ce que je suis »

Ce mantra appelle à l’auto-compassion, au lâcher-prise.

Notre Être prend conscience qu’il fait partie d’un tout infiniment plus grand, et qu’il l’anime à sa manière unique. C’est un mantra non chanté, qui se répète intérieurement en suivant le souffle. Cette relation entre le mantra et le souffle élève notre conscience au stade individuel jusqu’au stade cosmique.

En pratique, le son « So » se fait dans notre tête à l’inspiration, et le son subtil, en chuchotant, « Ham » se fait à l’expiration.


ONG NAMO GURU DEV NAMO

« J’accueille l’énergie cosmique et le chemin vers la Lumière »

Ce mantra appelle la sagesse.

En sanskrit, « Guru » se développe avec « gu », qui représente l’ombre, et « ru », la lumière. « Guru » signifie donc le passage de l’ombre à la lumière. Il nous est propre. Il peut être représenté par une personne - un.e guide spirituel.le - mais aussi par la pratique du Yoga. Ce qui nous nourrit nous apaise.

En pratique, nous récitons ce mantra en chantant, ou bien nous le répétons dans notre tête, à voix basse. Voici un chant de ce mantra pour vous aider


SA TA NA MA

« Sa » = naissance

« Ta » = vie

« Na » = mort (ou changement)

« Ma » = renaissance (ou nouveauté)

Ce mantra nous soutient lors de changements dans nos vies. Sa ta na ma nous aide à rester lucides, ouverts et calmes face à ce qui nous arrive. Il fait disparaître la peur du changement et fait (re)venir notre confiance en la vie.

En pratique, ce mantra se récite en activant quatre mano mudras : sur chaque syllabe, à tour de rôle, notre pouce viendra toucher un doigt en formant un petit cercle. Le pouce joint l’index en disant « sa », puis le majeur sur « ta », l’annulaire sur « na » et l’auriculaire sur « ma ».


Illustration © Asja Boros

Énoncer une intention avant sa pratique donne du sens au mouvement. Elle transcende la notion-même du Yoga, « l’union », en liant délicieusement notre corps physique et notre énergie mentale, spirituelle. Dès lors, le mouvement se trouve nourri de toute l’énergie qui circule abondamment, non pas seulement dans nos membres mais plus profondément encore dans tout notre Être. Il vibre, il irradie nos membres et notre esprit.


En dehors du tapis, poser une intention est bénéfique pour nous (re)centrer, nous faire grandir, pour atteindre nos objectifs. Par exemple, en tant que future professeure de yoga, l’intention que je pose pour mon enseignement est de faire ressentir l’essence du mouvement, de faire découvrir l’énergie créatrice qui vit en chacun qui sublime et est sublimée par la pratique, de montrer qu’autant nous (nous) donnons, autant nous recevons.


Une intention est un cadeau dont on s’autorise à planter les graines et à les faire germer. Ne doutez jamais du pouvoir de l’intention : c’est pourquoi, afin qu’elle agisse au mieux, il est primordial de l’énoncer de manière claire et expressive, sans sous-entendus. Je vais vous raconter une histoire, si vous avez un peu de temps… :


Il y a très longtemps, dans un village du Nord de l’Inde, un jeune homme perdit un bras. Chaque jour, il priait et demandait « s’il vous plaît, je veux avoir mes deux bras identiques, s’il vous plaît...». Des jours, des semaines, des mois passèrent et tous les matins, l’homme répétait cette intention, ce désir. Vous devinez la suite ?

Il perdit l’autre bras. Ainsi, ses deux bras se retrouvèrent « identiques ».


Je trouve que cette petite histoire, imaginaire, reflète à la perfection la nécessité d’exprimer le plus clairement possible vos intentions, afin de ne pas brouiller votre esprit avec des questions en suspens qui empêcherait la magie d’opérer.


Photo © Unsplash

L’ATTENTION, CET ENFANT RETROUVÉ


Là arrive la soeur de l’Intention : l’Attention. En quoi l’attention complète l’intention ? Je vous répondrai ici tout simplement : l’attention, c’est garder les yeux grands ouverts, c’est conserver son âme d’enfant, celle qui explore, qui découvre, qui trouve en chaque détail oublié par les grands un univers de possibilités. Sans attention, nous passons à côté de vies entières. C’est en ouvrant les yeux, en s’autorisant à regarder, que nous voyons les choses se réaliser autour de nous - et que nous pouvons les réaliser. En restant attentifs.ves à ce qui nous arrive, nous posons un premier regard sur la floraison de nos intentions.


Par exemple, si nous notre intention avant notre pratique est de développer notre stabilité mentale face au changement, nous deviendrons plus attentifs.ves à notre mouvement, aux postures plus instables, d’équilibre, et veillerons ainsi à soutenir notre mental par le simple fait d’observer. N’oubliez pas que vous créez votre propre magie - elle ne viendra pas à nous si nous fermons les yeux :)


Namaste,

Salomé