• Salomé

New York • carnet de voyage #1

New York, c'est un univers entier au sein de rues sans fin côtoyant les nuages. C'est une ville remplie de promesses ; bourdonnante, bruyante, intimidante aussi. Carnet de route d'une rencontre hors normes, de Manhattan à Brooklyn.

"Il y a quelque chose dans l'air de New York

qui rend le sommeil inutile"

Simone de Beauvoir

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Vendredi

5.00 am. Le conducteur du bus annonce notre arrivée à New York. J'ai du mal à réaliser qu'en sortant de la station souterraine je me trouverai encerclée de grattes-ciel tous plus hauts les uns que les autres. Un vertige m'envahit et je me sens liliputienne dans ce nouveau Monde défiant les dimensions.

L'arrêt de bus se situant à deux pas de Times Square, je décide d'y faire un détour avant de poser mon sac à l'auberge de jeunesse. Les lumières sont éblouissantes, mais le calme me surprend : je suis seule, me sentant par la même occasion privilégiée au milieu de cette place mythique.

Je rejoins à pieds mon premier hostel pour les trois prochaines nuits : Jazz on Columbus Circle. Établi à quelques minutes de marche du métro, de Columbus Circle et de Central Park, ça a été pour moi un vrai délice de dormir ici.

Mon arrivée matinale me permet de déambuler dans Central Park au lever du Soleil, observant les coureurs courageux, les promeneurs de chiens et l'installation des petits commerçants.

Je continue mon expédition dans l'Upper East Side (en me remémorant les innombrables épisodes de Gossip Girl sur les marches du MET) jusqu'à la 5th Avenue. Au dédale de cette rue interminable, je pars à la découverte de Grand Central et de la NY Public Library entre autres belles surprises.


Mon (premier) coup de cœur revient au charmant Bryant Park, cet écrin de verdure qui tend à s'imposer au pied d'une forêt urbaine.

Parce que le charme d'une ville se trouve au détour de ses rues, je continue ma marche jusqu'à la High Line, pour rejoindre le joli quartier de Chelsea.

Chelsea est vite devenu l'un de mes quartiers favoris à New York. Son marché couvert aux parfums gourmands, ses nombreux cafés et restaurants indépendants, ses rues calmes loin du tumulte de Manhattan et surtout, ses innombrables galeries d'art lui confèrent un air de village perdu dans un océan citadin.

En me perdant, je tombe sur Greenwich Avenue (Greenwich Village) et je fais une pause gourmande au Bluestone Lane. Attention, cette chaîne de restaurants à la décoration mignonne aux influences australiennes n'accepte pas les espèces !

Pour les fans de la série, je vous conseille de vous rendre à l'intersection de Grove et Bedford St. dans Greenwich Village, où vous tomberez nez-à-nez avec l'immeuble de Friends :).

Après avoir vagabondé tout l'après midi dans des dizaines de galeries d'art toutes plus originales et surprenantes, je reprends la High Line pour rejoindre le MoMa : chaque vendredi, le musée d'art contemporain est gratuit à partir de 16h (merci Uniqlo). Je prends pour la première fois - et non sans peine - le métro, histoire d'y être avant les hordes de touristes et rencontre une brésilienne aussi perdue que moi dans les couloirs, qui s'y rend également. La réputation du MoMa n'est plus à faire : il abrite en ses murs des chefs d'oeuvre de l'art mondial, et l'on peut même profiter de sa belle cour intérieure après la visite.

Une fois la contemplation terminée et déjà affamée, je passe manger un hot dog à Central Park avant de m'installer à l'hostel. Sur place, je fais la rencontre de Burak et César, deux de mes colocataires, puis nous allons tous les trois tenter l'expérience de Times Square sous l'effervescence de la nuit tombée.


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Samedi

Je me réveille (très) tôt ce matin, déjà impatiente de découvrir de nouvelles merveilles. A 6h30, je suis prête à affronter une nouvelle journée ici et pars avec Burak à la conquête du Brooklyn Bridge - en métro aujourd'hui, mes jambes me disent merci. Quelques stations plus loin, le pont se dessine sous nos yeux : nous ne sommes qu'une poignée de lèves-tôt à y grimper, pour mon plus grand bonheur. Le pont s'offre à nous, majestueux, impétueux, et glisse derrière nous le paysage de Manhattan.

Une fois le pont franchi, nous allons directement à gauche vers Dumbo, pour découvrir le Manhattan Bridge d'une perspective plutôt photogénique. Nous allons ensuite vers Brooklyn Heights afin d'admirer les grattes-ciel au loin avant de nous immiscer dans Williamsburg, rejoints par César.

Avec Chelsea, Williamsburg est aussi devenu l'un de mes quartiers favoris. Il est de ces lieux où l'on se sent bien, où les bâtiments sont anciens et vétustes et où des cafés et bars de fortune fleurissent les rues intimistes. C'est tout un mode de vie qui est omniprésent dans le quartier, reflété par les magasins de surf et de skates, les espaces de co-working dans de vieilles usines et des coffee-shops par dizaines. Si vous voulez rejoindre Williamsburg en métro depuis Manhattan, arrêtez vous à Bedford Ave., premier arrêt après Manhattan depuis la ligne L.

Si vous marchez sous Williamsburg Bridge, vous entrerez dans le quartier de Crown Heights qui abrite la communauté Loubavitch (juifs hassidiques de la dynastie Habad-Loubavitch) la plus importante du monde. Dans une ambiance nous ramenant au XIXe siècle, ce quartier pittoresque ressemble davantage à un shtetl (quartier juif) d'Europe de l'Est, où les habitants, pour la plupart en dessous du seuil de pauvreté, vivent de façon très traditionnelle.

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Quelques heures plus tard, nous arrivons à Bushwick, temple du street art new-yorkais. Là, les affiches commerciales se mêlent aux murales dans une danse poétique et artistique. Un délice pour les pupilles. Si vous souhaitez vous rendre rapidement à Buschwick, le métro le plus proche est Jefferson St. Je ne saurais que trop vous conseiller Roberta's, pizzeria à deux pas du métro Morgan Ave., qui incarne aujourd'hui la nouvelle scène gastronomique new-yorkaise dans une atmosphère inspirée des puces et brocantes et à la terrasse d'inspiration hawaïenne.

Nous quittons la tranquillité de Brooklyn et je me fonds de nouveau dans la frénésie de New York sans mes compagnons de route, direction China Town. Les effluves marines des poissons grouillant sur les étalages glissent sur mes cheveux et je ne peux que constater le dynamisme des rues, qui paraissent ici trop petites cachées par tous les passants. Tout le monde va vite et un bruit sourd semble être ancré dans l'asphalte.

Je me réfugie plus au Nord, à NoLita (Northern Little Italy) et fais une pause sucrée à Greecologies sur Broome St., ma rue préférée pour dénicher les cafés et restaurants les plus mignons et design de la ville. Dans un intérieur épuré et minimaliste, Greecologies confectionne des douceurs sucrées et salées à base de yaourt Grec et propose une belle panoplie de boissons.

Ici, je fais la connaissance d'Antonio, un italien résidant à New York depuis quelques années. Il décide de me faire visiter quelques-uns de ses endroits favoris pour la soirée. Premier stop : Despaña au 408 Broome St., une épicerie espagnole cachée aux sandwichs délicieux. Puis nous nous baladons jusqu'à Flatiron District, où les bâtiments revêtent une architecture qui ferait presque penser à l'Europe. Nous traversons Union Square et nous arrêtons un moment devant le Flatiron Building, majestueux. Nous faisons un bref arrêt à Eataly à proximité puis continuons notre balade vers le Sud de l'île.

Le jour commence à se coucher lorsque nous arrivons au mémorial 9/11 (inaccessible la nuit tombée) et nous nous posons à quelques minutes de marche plus loin au Clinton Hall, un Biergarten relax où un échiquier géant et des tables en bois communes nous attendent entre les buildings.


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Dimanche

De nouveau réveillée aux aurores ce matin, je pars le ventre vide de l'hostel et marche jusqu'à NoLita pour m'offrir un brunch de roi au Butcher's Daughter sur Kenmare St. Même s'il est encore tôt, l'endroit minuscule est déjà rempli d'affamés comme moi.

Après m'être empiffrée de gaufres et sucreries, je me promène sur Elizabeth Street, charmante rue tout près du restaurant. Arborée et calme, c'est un bonheur de l'arpenter, avec ses quelques cafés et bars secrets aux saveurs épicées. Un peu plus loin, vers East Village, je tombe sur un minuscule jardin, "Elizabeth Garden". Et tombe sous le charme de cette oasis artistique où le temps semble suspendu.

Je marche encore plus à l'est d'East Village, jusqu'à Alphabet City, un petit quartier bohème et artistique où les murs sont colorés et les habitants folkloriques, grain de folie de Manhattan. La traversée de Tompkins Square Park, à la limite entre les deux quartiers, me transporte dans une atmosphère excentrique à part. Les rues se distinguent par des lettres (A, B, C et D) et non plus par des numéros. Un réel esprit de village règne ici : le barbier de quartier coupe les cheveux d'un client depuis le trottoir, deux voisins peignent d'énormes fleurs sur leurs marches d'escalier, les cafés semblent tout droit sortis d'une autre époque. Je fais même la visite d'un jardin communautaire, où chacun peut avoir son bout de terrain (et un hamac).

Je prends ensuite le métro et me dirige, curieuse depuis la veille, au mémorial du 11 septembre à Wall Street. Si je pensais le lieu impressionnant, j'étais loin de m'imaginer qu'il était aussi poignant ; devant moi gît un trou sans fin où l'eau ne cesse de couler en cascade, apportant une mélodie continuelle à l'édifice. Les noms sont parfois parsemé de roses ou de drapeaux américains, rappelant l'ampleur de ce tragique événement qui aujourd'hui encore cicatrise peu.

Jetant un coup d’œil à ma carte (n'ayant pas de téléphone, je me suis repérée durant tout mon séjour ici avec une carte papier qui est aujourd'hui trouée, froissée, griffonnée), je décide de marcher jusqu'à Battery Park, admirant par la même occasion la Statue de la Liberté au loin. J'apprends qu'un ferry gratuit peut m'emmener jusqu'à Staten Island et me rapprocher par la même occasion de la fameuse statue - j'irai un autre jour. Pour l'instant, je remonte - toujours à pied - à TriBeCa et fais une pause sucrée à "maman", un petit café-boulangerie au 211 W. Broadway. Il est 16h et je veux absolument voir le coucher de Soleil depuis Brooklyn Bridge Park. Je re-traverse le pont à pied, cette fois-ci entourée de touristes trop lents et de locaux trop pressés et je vais me poser au parc, appréciant cette vue unique.

Quelques mètres en retrait, j'aperçois quelques photographes qui installent leur matériel pour capturer le meilleur point de vue, et m'installe à côté d'eux. La lumière est somptueuse et le cliquetis de l'eau me berce face à la ville au loin, qui paraît calme et presque somnolente. Quelques instants plus tard je m'endors et à mon réveil, il fait déjà nuit.

Cette fois-ci, je prends le métro pour rejoindre Elizabeth St. dans NoLita, où j'avais repéré un restaurant de tacos prometteur, Tacombi. Le lieu est exceptionnel, dans un style industriel simple mais efficace, où un combi VW fait office de cuisine au milieu. Ne sachant que choisir, le serveur m'emmène 2x3 tacos de saveurs différentes et ne me compte que mes préférés seulement - un régal.

Namaste,

Salomé