• Salomé

Yoga Sutra de Patanjali \ mon résumé, Livre II

LIVRE II - SADHANA PADA

En sanskrit, “Sadhana” est un terme militaire qui signifie “stratégie”. Le deuxième livre des Yoga-Sutras révèle les moyens pratiques que nous pouvons mettre en place pour créer des conditions favorables à ce processus de transformation. Ce chapitre commence ainsi : “Le Yoga de l’action se pratique selon trois modalités inséparables : un effort soutenu, la conscience intérieure de soi et l’abandon au Seigneur”. La pratique est donc, comme nous l’avons vu dans le premier livre, notre moyen d’action. Le but de ce Yoga de l’action est d’atténuer les causes de souffrance et de permettre d’atteindre le Samādhi. Nous n’avons rien à prendre ni à acquérir ; ici, il suffit d’atténuer, de réduire, de lâcher.


Si les Vrittis constituent les cinq modalités de la pensée, Patanjali nous livre celles de notre état émotionnel, qu’il appelle Kléshas. Il nous exprime que les cinq causes “de la souffrance sont l’aveuglement, le sentiment de l’ego, le désir de prendre, le refus d’accepter, l’attachement à la vie”. Dans ces souffrances, c’est l’ego qui souffre et la cause est toujours le mental. Patanjali nous explique ensuite comment apaiser ces souffrances en revenant sur les notions d’équilibre : entre le désir et le refus, par exemple. Adopter la juste attitude peut se travailler dans la pratique, afin que notre corps devienne un outil mieux adapté et que nos expérimentations sur le tapis découlent dans notre quotidien. Il nous invite également à lâcher prise à travers la pratique physique et la méditation, intimement liées (la pratique permettant l’accès à la méditation), afin d’atténuer la souffrance grâce à notre union saine et libre corps-esprit plutôt que par la réflexion.

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Patanjali exprime que les Kléshas font partie intégrante du processus karmique, étant à la fois les causes et effets de la loi du Karma et provoquant, de fait, un cercle vicieux engendrant la souffrance. Cependant, un Sutra proche redonne espoir et indique que “la douleur peut être évitée” : ici, c’est l’enseignement du lâcher-prise - Vaïragya - qui nous est donné. Si nous restons dans le présent en adoptant des actes désintéressés, alors la douleur sera supprimée. Le deuxième enseignement donné ici est la connaissance grâce au Yoga : Patanjali sous-tend que la cause première de la souffrance est la relation entre le Soi et la matière, ou plus précisément la confusion entre ce qui perçoit réellement en nous et ce qui est perçu, de fait, l’ignorance du réel qui nous rattache à notre ego. La connaissance nous libère de cet engrenage aveugle et nous permet d’accéder à un état d’unité avec le monde manifesté, au lieu de nous garder impuissants face aux forces karmiques.


Naturellement, Patanjali nous guide vers un moyen de développer notre faculté de discrimination afin d’accéder à la connaissance et à l’unité et introduit ainsi l’Ashtanga Yoga, les huit membres du Yoga - permettant de préparer le mental à l’intériorisation ; ce sont les règles de vie dans la relation aux autres, les règles de vie dans la relation à soi-même, la pratique de la posture, la pratique de la respiration, l’écoute intérieure, l’exercice de concentration, la méditation et enfin, l’état d’unité.

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Si les huit membres sont aussi importants les uns que les autres, et d’autant plus complémentaires, les deux premiers m’interpellent davantage, étant les piliers pour accéder, par la suite, à des niveaux plus élevés dans le Yoga. Ils m’interpellent car il ne s’agit pas en premier lieu de travailler sur des postures, ni de se concentrer ou d’accéder à l’enseignement, mais davantage de respecter, autrui et soi-même, dans la vie de tous les jours. La source du Yoga se puise dans notre quotidien et s’ancre dans le Monde qui nous entoure - et me réchauffe le coeur.


Les cinq Yamas (réfrènements) concernant notre attitude dans les relations sociales, sont la non-violence, la vérité, le désintéressement, la modération, le refus des possessions inutiles. L’ayant étudié également dans ma formation et pratiqué au quotidien, je sais aujourd’hui que le premier des Yamas contient tous les autres : la non-violence, autrement dit, le respect de l’autre dans sa différence. Cela induit d’être vrai, de ne pas jalouser, de rester modéré, de ne pas acquérir de biens dont nous n’avons pas besoin. Et ce que je trouve encore plus beau dans cette première branche du Yoga, c’est l’aphorisme II.31 : “[...] ils ne dépendent ni du mode d’existence, ni du lieu, ni de l’époque, ni des circonstances”, soulignant le caractère universel du Yoga, et étant à ce jour encore d’actualité dans notre société de sur-consommation où il nous semble vital d’acquérir au risque de se perdre en nous-mêmes.

Patanjali appelle la deuxième branche du Yoga les Niyamas (disciplines) ; ils sont également au nombre de cinq : “être clair dans ses pensées et ses actes, être en paix avec ce que l’on vit, sans désirer plus ou autre chose, pratiquer avec ardeur, apprendre à se connaître et agir dans le mouvement de la vie [...]”. Les Niyamas sont la transition entre le code moral exprimé dans les Yamas et la pratique personnelle.


Patanjali nous introduit par la suite à Samtosha, la satisfaction de ce qui est, le contentement. Outre le contentement ponctuel que l’on obtient en acquérant un bien, c’est un état de paix intérieure dans lequel il n’y a ni manque ni volonté d’obtenir, résumant ainsi les Yamas et Niyamas.


Patanjali souligne bien sûr l’attitude mentale et la pratique comme étant le coeur des Yamas et Niyamas et faisant partie intégrante de l’Ashtanga Yoga. La pratique de la respiration, Pranayama, nous est exposée ici dans son essence, pointant la différence entre la respiration irrégulière, que nous rencontrons au quotidien, et la respiration yogique, fluide, ininterrompue, équilibrée. L’important dans Pranayama est la conscience que l’on place dans notre respiration, conservant notre mental bien actif afin d’apaiser le souffle. À chaque fois que je pratique Pranayama, je me souviens de mon enfance : lorsque j’étais petite, dans mon lit, je prenais tellement conscience du mouvement de ma respiration que j’angoissais à l’idée de devoir respirer toute ma vie et de ne pas pouvoir contrôler mon souffle à chaque seconde. J’imaginais ça comme une vague qui me parcourait dans tout mon petit corps et je savais que si cette vague cessait, alors je cesserais aussi de fonctionner.


L’écoute intérieure, cinquième membre du Yoga, est une transition douce vers la concentration et Dhyana, la méditation. Elle nous permet de recentrer nos sens vers l’intérieur - vers nous-mêmes.

 

Merci à Sylvie Tremblay et de tous ses enseignements lors de ma formation à Sangha Yoga, qui ont éclairé mes recherches.


Namaste,

Salomé